Soudan du Sud : l’ONU salue la démobilisation de centaines d’anciens enfants soldats à Yambio

Au Soudan du Sud, plus de 300 enfants soldats ont été libérés mercredi par des groupes armés, a annoncé la Mission des Nations Unies dans le pays (MINUSS). Une libération qui a abouti après d’importants efforts de plaidoyer menés par l’ONU et ses partenaires.

 

Les enfants âgés entre 10 et 16 ans ont été démobilisés lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Yambio, la capitale de l’État d’Equatoria occidental (sud du pays). Au cours de la cérémonie, les enfants ont été officiellement désarmés et ont reçu des vêtements civils.

 

David Shearer,

« Les enfants ne devraient pas porter des armes et s’entretuer », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général au Soudan du Sud, David Shearer, dans un communiqué. « Ils devraient jouer, apprendre, s’amuser avec leurs amis, être protégés et choyés par les adultes qui les entourent », a ajouté celui qui est également chef de la MINUSS.

 

 

Cette libération d’enfants par des groupes armés au Soudan du Sud est la première depuis plus d’un an. Elle constitue la première phase d’un processus devant permettre la libération d’au moins 700 mineurs dans les semaines à venir.

Au total, 563 enfants soldats seront démobilisés du Mouvement populaire de libération nationale du Soudan (SSNLM) et 137 autres du Mouvement populaire de libération du Soudan-Opposition (SPLA-IO).

 

Parmi les enfants démobilisés mercredi, 87 d’entre eux sont des filles. Un chiffre qui devrait s’élever à 220 filles dans le cadre du processus mené à Yambio. « C’est la première fois que tant de jeunes femmes participent à une libération comme celle-ci au Soudan du Sud », s’est réjoui M. Shearer.

Ces filles enrôlées dans groupes armés ont enduré des souffrances, notamment des abus sexuels. « Il est donc vital qu’elles reçoivent le soutien dont elles ont besoin pour rejoindre leurs communautés et qu’elles soient accueillies chez elles par leurs familles et leurs amis sans aucun sentiment de stigmatisation », a souligné le chef de la MINUSS.

L’ONU a mené ce processus de libération des enfants depuis plus de six mois, notamment en permettant aux forces de maintien de la paix d’escorter les chefs religieux dans les zones reculées de brousse afin d’établir des contacts et de négocier avec les groupes armés.

La MINUSS a également travaillé en étroite collaboration avec d’autres partenaires clés tels que l’UNICEF, les autorités étatiques et locales ainsi que des groupes communautaires.

« Sans l’effort combiné de tous ces partenaires, ces libérations d’enfants n’auraient pas été possibles », a fait remarquer M. Shearer qui a tenu « à remercier tout particulièrement les chefs religieux qui ont voyagé dans des zones de conflit et qui ont risqué leur vie pour mettre ces enfants en sécurité ».

« Reconstruire leur vie »

Libres, ces garçons et filles doivent dorénavant entreprendre leur réinsertion dans la vie civile et acquérir de nouvelles compétences pour subvenir à leurs besoins.

 

« Ces enfants ont maintenant l’occasion de reconstruire leur vie » a déclaré la Représentante spéciale de l’ONU pour les enfants dans les conflits armés, Virginia Gamba, dans un communiqué.

 

L’ONU souligne que le défi consiste désormais à s’assurer que ces jeunes disposent du soutien dont ils ont besoin pour suivre une formation, trouver un emploi et accéder aux opportunités qui leur permettront de réaliser pleinement leur potentiel.

 

Les enfants libérés recevront une aide du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et de ses partenaires pour leur réintégration. Des dépistages médicaux seront effectués et les enfants recevront des conseils et un soutien psychosocial dans le cadre du programme de réinsertion mis en œuvre par l’UNICEF et ses partenaires.

Les enfants qui ont des proches dans la région seront réunis avec leurs familles, tandis que d’autres seront placés dans des centres de soins provisoires jusqu’à ce que leurs proches puissent être retrouvées.

Une fois les enfants rentrés dans leurs familles, ces dernières recevront une aide alimentaire de trois mois pour soutenir leur réintégration initiale. Les enfants recevront ensuite une formation professionnelle visant à améliorer les revenus du ménage et la sécurité alimentaire.

En plus des services liés aux moyens de subsistance, l’UNICEF et ses partenaires veilleront à ce que les enfants libérés aient accès à des services éducatifs adaptés à leur âge dans les écoles et les centres d’apprentissage accéléré.

A ce titre, les ingénieurs de l’ONU ont réhabilité la route entre Yambio et un centre de formation professionnelle situé à proximité afin que les jeunes puissent se rendre en toute sécurité sur leur site d’apprentissage.

 

19.000 enfants sud-soudanais toujours enrôlés dans des groupes armés

Plus de quatre ans après le début du conflit au Soudan du Sud, environ 19.000 enfants sont toujours enrôlés au sein de forces et groupes armés.

Mahimbo Mdoe

Pour le Représentant de l’UNICEF dans le pays, Mahimbo Mdoe, la libération qui a eu lieu mercredi à Yambio constitue « une étape cruciale dans la réalisation de notre objectif ultime consistant à réunir tous les milliers d’enfants toujours enrôlés dans des groupes armés avec leurs familles ».

 

 

« Il s’agit de la plus grande libération d’enfants depuis près de trois ans et il est essentiel que les négociations se poursuivent afin qu’il y ait beaucoup plus de jours comme celui-ci », a souligné M. Mdoe.

 

L’UNICEF continuera à œuvrer avec toutes les parties au conflit, ainsi qu’avec la MINUSS, pour obtenir la libération des enfants soldats sud-soudanais et faciliter leur réintégration via un processus méticuleux de négociation, de vérification et d’enregistrement.

Dans les mois à venir, l’ONU entend poursuivre d’autres projets visant à libérer des enfants soldats à Morobo, Bentiu et à Pibor où les dossiers de 315 d’entre eux ont été jusqu’à présent vérifiés et enregistrés.

Mais la réintégration réussie des enfants libérés requiert un financement adéquat du programme de l’UNICEF. En 2018, l’agence onusienne a besoin de 45 millions de dollars pour appuyer les efforts de libération, de démobilisation et de réintégration des mineurs à travers le pays.

« Nous ne pouvons pas les laisser tomber », a prévenu Mme Gamba, qui a appellé la communauté internationale à soutenir la réintégration de ces ex-enfants soldats en fournissant les ressources adéquates.