La Birmanie légifère enfin pour sa vie sauvage

Le Myanmar interdit la vente de l’ivoire et des produits dérivés des animaux sauvages menacés. Un pas de géant pour les éléphants du pays dont les effectifs se réduisent à peau de chagrin !

 

Espèce lucrative

2000

C‘est le nombre d’éléphants sauvages actuellement en Birmanie, divisé par deux en une décennie.

Ils étaient déjà menacés pour leur ivoire, maintenant ils le sont pour différentes parties de leur corps auxquelles on ne cesse de prêter de nouvelles vertus. En Birmanie, le nouveau médicament tendance c’est la peau d’éléphant.

Remède soi-disant miracle contre l’eczéma ou pour avoir un joli teint, tout simplement. Si certains de ces produits sont vendus sur les marchés locaux, la majeure partie va approvisionner la Chine voisine, qui raffole des animaux exotiques. Un nouveau business qui représente une menace supplémentaire pour les pachydermes birmans. Car si seuls les mâles ont des défenses et sont donc susceptibles d’être tués pour leur ivoire, le braconnage pour la peau concerne aussi les femelles.

Dans la région, le nombre d’éléphants sauvages a déjà été divisé par deux en moins d’une décennie.

 Il en resterait moins de 2 000 à l’état sauvage. A ce rythme-là, l’espèce aura disparu d’ici un ou deux ans dans cette zone !

Sauver la peau des momos

De nombreux organismes internationaux ont été mis en place pour lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages menacées.

Depuis 1976, le WWF lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages menacées, à travers le réseau mondial de surveillance du commerce des espèces sauvages, TRAFFIC. En 2014, nous lançons une initiative conjointe de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages. La Wildlife Crime Initiative (WCI) vise à réduire durablement le braconnage et le commerce illégal, à un point où les activités illégales ne menaceront plus les espèces sauvages.

Il y a quelques mois, avec d’autres associations, le WWF Myanmar a lancé une campagne de sensibilisation pour alerter sur le braconnage des éléphants, connus sous le nom de “momos” en birman : exposition colorée d’éléphants en papier mâché, pétition ou encore vidéo mettant en scène des artistes locaux. La campagne « Des voix pour les momos » enjoint les consommateurs à bouder les produits dérivés du pachyderme. Elle exhorte également le gouvernement à éradiquer le commerce illicite de l’animal. 
 

Mettre un terme au marchandage des espèces

En Birmanie, cela fait longtemps que chasser un animal en voie de disparition est illégal. Le pays est signataire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de la flore sauvages menacées d’extinction (Cites). Mais jusqu’ici, les poursuites demeuraient exceptionnelles et l’amende maximale, inférieure à 60 dollars, avait bien du mal à dissuader les braconniers. Aujourd’hui, pourtant, le pays semble vouloir en finir avec ce laxisme.

Les voix s’élevant pour la protection des momos ont été entendues. Rangoun vient de proclamer l’interdiction immédiate du commerce de l’ivoire et de tout autre produit dérivé d’espèces menacées. Et d’organiser, dans la foulée, un feu de joie pour brûler sur la place publique les stocks de produits illicites saisis : ivoire, bois d’antilopes, peaux de python, écailles de pangolin, fourrures de léopards, d’ours ou encore carapaces de tortues. Un symbole fort, spectaculaire. Comme un gage de sa détermination à lutter enfin contre le trafic illégal des espèces sauvages menacées.