Le Yémen reste la pire crise humanitaire au monde, déplore Mark Lowcock (OCHA)

Le Yémen représente « la pire crise humanitaire au monde » depuis quelques années, ce qui s’explique par les années de combats intenses qui ont détruit les infrastructures, ravagé les services publics, déplacé des millions de personnes et provoqué l’une des pires épidémies du choléra, a déclaré vendredi le patron de l’action humanitaire des Nations Unies.

 

 

Mark Lowcock

« La situation humanitaire au Yémen est sombre ».  « Nous perdons la lutte contre la famine », a prévenu, Mark Lowcock, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, lors d’une réunion du Conseil de sécurité.

Notant que la réalité sur le terrain s’est dégradée de manière alarmante au cours des dernières semaines, Mark Lowcock a redouté que l’on se rapproche du point de basculement à partir duquel il sera impossible d’éviter des pertes massives de vie et une famine à travers tout le pays.

De plus, a précisé le chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), l’économie s’est effondrée, alors que le Yémen faisait déjà partie des pays les plus pauvres au monde.

Le Coordonnateur a souligné que 18 millions de personnes, dont une grande partie sont des enfants, vivent dans l’insécurité alimentaire, et que 8 millions d’entre eux au moins qui sont en situation critique, se demandent chaque jour où ils vont trouver leur prochain repas. 

La plus grande réponse humanitaire du monde

Malgré ce tableau sombre, il a été possible de maintenir une situation relativement stable et d’éviter le pire depuis le début de l’année, parce que « la pire crise humanitaire au monde a mobilisé la plus grande réponse humanitaire du monde », a fait remarquer Mark Lowcock.

Ainsi, en un an le nombre de personnes bénéficiant directement de l’aide humanitaire est passé de 3 à 8 millions. De plus les campagnes de prévention et de vaccination, mais aussi la remise en marche de centrales d’approvisionnement en eau chlorée ont pu empêcher une troisième vague de choléra à Aden, Hodeïda et Ibb.

M. Lowcock a rendu hommage aux milliers de travailleurs humanitaires des organismes onusiens, mais aussi de la Croix-Rouge, du Croissant-Rouge, et de différentes organisations de la société civile qui agissent au quotidien sur le terrain. 

Il a également remercié la communauté des donateurs, en particulier l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, les États-Unis et de nombreux pays européens qui, ensemble, ont levé 2,6 milliards de dollars, dont 2 milliards par le biais du Plan de réponse humanitaire pour le Yémen.  

Selon M. Lowcock, deux développements récents risquent de dépasser les moyens actuels des opérations de secours et d’assistance.

D’une part, la détérioration alarmante de l’économie, notamment la dévaluation de plus de 30% en un mois du rial yéménite, et ce alors que quasiment toute la nourriture est importée. D’autre part, l’intensification des combats ces dernières semaines à Hodeïda et ses alentours, ce qui « étouffe la route d’approvisionnement de l’opération de secours, mais aussi des marchés locaux ».

Trois domaines d’action pour le Conseil de sécurité

Le Secrétaire général adjoint a demandé au Conseil de sécurité d’agir dans trois domaines, à commencer par faciliter des mesures pour stabiliser l’économie et le taux de change.  

Le Conseil doit également veiller à ce que toutes les parties impliquées respectent leurs obligations en termes de protection des infrastructures civiles et facilitent l’accès humanitaires aux plus vulnérables.  À ce titre, le patron de l’OCHA a exigé que les ports et les routes principales restent ouverts, opérationnels et sûrs et a réitéré qu’aucun site humanitaire ne peut être utilisé à des fins militaires.  

Mark Lowcock a enfin demandé à toutes les parties de trouver des solutions pratiques aux principales questions en suspens, y compris pour la mise en place d’un pont aérien d’évacuation des malades civils qui ne peuvent plus être traités au Yémen.