Pour la sécurité de nos pompiers, il existe des mesures

Pas moins de trois accidents liés à l’explosion de bouteilles de gaz domestiques en moins d’une semaine ont blessés à chaque fois des sapeurs-pompiers. Malgré le rapport Pourny de 2003 et la présentation de solutions de sécurisation de ces bouteilles à l’État et aux industriels, la situation avance difficilement. Pourquoi ?

 

 

 

 

 

Le 1er mars dernier, les sapeurs-pompiers du Finistère sont appelés pour un feu dans un espace de stockage de bois et de matériel de bricolage au Drennec. L’incendie provoque l’explosion d’une bouteille de gaz qui blesse légèrement deux soldats du feu.

Le 4 mars, un feu s’est déclaré sur la commune d’Audruicq dans le Nord-Pas-de-Calais.Trois bouteilles de gaz explosent. Deux sapeurs-pompiers sont, là aussi, légèrement blessés.

 

 

 

 

Enfin, le 6 mars, deux autres sont blessés par l’explosion d’une bouteille de gaz de 6 kg à Tonnay-Charente en Charente-Maritime, durant une intervention sur un feu de camping-car.

Alors qu’il existe des solutions pour sécuriser ces bouteilles, les sapeurs-pompiers continuent de risquer leur vie.

 

colonel Serge Delaunay,

En France, 50 millions d’entre elles sont en vente libre. Pour le colonel Serge Delaunay, directeur des moyens opérationnels au Sdis 44, qui porte ce dossier de sécurisation depuis sept ans, « ce sont 50 millions d’explosifs en vente libre.

 

Quel que soit l’endroit, elles explosent si elles sont exposées aux flammes, quand la température atteint 600 degrés et que la pression à l’intérieure de la bouteille atteint 50 bars. Soit en moins de 4 minutes ». À noter qu’elle est normalement de 7,5 bars en intérieur à 15 °C, et qu’elle monte à 10 bars sous des températures extérieures de 20 à 25  °C. Elle peut monter rapidement de 10 à 50 bars !

 

 

 

Les camping-cars sont généralement dotés de bouteilles de 13 kg, et les matériaux qui composent le véhicule sont facilement inflammables. Que ce soit le propane utilisé en extérieur (à cause du gel) ou le butane en intérieur, le résultat est le même. Dans le bâtiment, sur les chantiers, c’est le même problème : des bouteilles de 35 kg sont utilisées pour le revêtement des toitures.

 

 

LE RAPPORT POURNY

Le rapport Pourny de décembre 2003 formulait une liste de propositions pour améliorer la sécurité des sapeurs-pompiers, notamment étendre aux bouteilles de gaz domestiques la réglementation imposant la mise en place d’une sécurité passive sur les appareils sous pression (disque de rupture, soupape…), une mesure qui pourrait être étendue à d’autres produits chimiques, stockés chez les particuliers en quantité inférieure au seuil de réglementation mais en quantité suffisante pour constituer un risque pour les sapeurs-pompiers (engrais…).

 

 

 

 

« La solution est pourtant simple, continue Serge Delaunay, les nouvelles bouteilles en composite sont d’emblée munies d’une soupape. Pour les autres, il suffit de remplacer le robinet actuel des bouteilles par un autre robinet, où la soupape et le fusible sont associés. Nous avons fait des tests et la bouteille n’éclate pas. Nous observons juste une torchère. »

La FNSPF, de son côté, demande une évolution réglementaire aux pouvoirs publics depuis plusieurs années.

Alors pourquoi ça bloque ? Pour plusieurs raisons.

La première invoquée est celle des industriels et du CFBP, Comité français du butane et du propane : un coût supplémentaire de quelques millions d’euros, répercuté sur le consommateur dans une filière gaz en perte de vitesse.

Ensuite, la DGPR, Direction générale de la prévention des risques, invoque la nécessité de faire évoluer la réglementation européenne pour imposer cette évolution. La directive actuelle n’exige pas de combiné soupape/fusible. Pourtant, de nombreux pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Suède, Espagne…) ont déjà sécurisé leur parc de bouteilles de gaz de façon unilatérale.

 

 

 

 

Les bouteilles sécurisées des pays européens ne peuvent pas se raccorder sur les détendeurs des gazinières françaises à cause du limiteur de débit qui est intégré au robinet, et du raccord entre le détendeur et le robinet qui n’est pas le même.

Que ce soit pour des raisons réglementaires ou financières, il est difficile d’admettre que la vie des sapeurs-pompiers et des citoyens soit mise en danger pour quelques millions d’euros, alors que des milliards sont dépensés chaque année pour financer les secours ou assurer la sécurité routière, et ce n’est qu’un exemple.

 

 

 

« Deux entreprises sont capables en France de fabriquer ces robinets combinant soupape et fusible.

Une dans l’Ain et l’autre dans le Puy-de-Dôme. Ce sont des milliers d’heures de travail créées, conclut Serge Delaunay. La France deviendrait le leader européen de la sécurisation de bouteilles de gaz… »