Yémen : toutes les parties au conflit seraient coupables de crimes de guerre

Les parties des deux côtés du conflit au Yémen ont perpétré  et continuent de perpétrer, des crimes de guerre et d’autres violations avec un « mépris total» pour les souffrances de millions de civils, ont déclaré mardi des enquêteurs des Nations Unies.

« Le Groupe d’experts éminents a des motifs raisonnables de croire que les gouvernements du Yémen, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite sont responsables de violations des droits de l’homme », a déclaré à la presse Charles Garraway, membre du groupe d’experts.

 

 

Charles Garraway

 

 

S’agissant des forces de l’opposition houthie, qu’il a également décrites comme des « autorités de facto », M. Garraway a ajouté que le groupe d’experts des Nations Unies avait également des « motifs raisonnables de croire que les autorités de facto sont responsables des violations des droits de l’homme dans les zones étant sous leur contrôle ».

Créé l’an dernier par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies basé à Genève, le Groupe d’éminents experts sur le Yémen a analysé les violations du droit international des droits humains, du droit humanitaire et du droit pénal international.

Le groupe, dont les conclusions couvrent la situation au Yémen de septembre 2014 à juin 2018, a effectué plus d’une douzaine de visites dans le pays ravagé par la guerre et dans les États voisins.

Violation des principes de distinction et proportionnalité

Le rapport note que les frappes aériennes de la coalition ont causé le plus de victimes civiles directes, donnant au groupe d’experts de l’ONU des « motifs raisonnables » de croire que les attaques ont dépassé les seuils de crimes de guerre clés.

« Des individus au sein du gouvernement du Yémen et de la coalition, y compris l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont mené des attaques en violation des principes de distinction, de proportionnalité et/ou de proportions pouvant constituer des crimes de guerre », a déclaré M. Garraway, ajoutant qu’une liste confidentielle de noms serait remise au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), dans l’attente de nouvelles enquêtes.

 

 

Crédit photo : OCHA/Giles Clarke Des voitures et des camions font la queue pour franchir un pont qui a été touché par une frappe aérienne en 2016. Cette route est l’une des quatre routes reliant Hodeïda au reste du pays.

 

 

« Plus d’informations sont nécessaires sur certains incidents documentés par le groupe d’experts pour établir la responsabilité », a déclaré le groupe dans un communiqué avant d’appeler le Conseil des droits de l’homme à renouveler son mandat lorsqu’il se réunira le mois prochain.

« Il y a peu de preuves d’une tentative par les parties au conflit de minimiser les pertes civiles. Je les appelle à donner la priorité à la dignité humaine dans ce conflit oublié », a déclaré Kamel Jendoubi, président du groupe.

Selon le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies (HCDH), depuis mars 2015 jusqu’au 23 août 2018, 6.660 civils ont été tués et 10.563 blessés au Yémen. Cependant, les chiffres réels seraient probablement beaucoup plus élevés.