Les récentes violences ont testé la capacité de la Police et des institutions haïtiennes à préserver l’état de droit

La réponse aux récentes manifestations a été un test pour la Police nationale et les institutions haïtiennes mais aussi pour la mise en œuvre du mandat de renforcement de l’état de droit mené par la Mission de l’ONU, estime le Représentant spécial par intérim des Nations Unies dans le pays.

 

Pour Mamadou Diallo, lors des incidents survenus les 6 et 7 juillet derniers, « la PNH est restée unie, elle ne s’est pas débandée, elle n’a pas succombé à la provocation et elle a utilisé des moyens conventionnels de maintien d’ordre sans avoir recours à l’usage excessif de la force

Au cours d’une interview accordée à ONU Info, Mamadou Diallo, qui assume l’intérim de la direction de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), a insisté sur les quatre priorités du mandat de la Mission que sont le renforcement de la Police nationale haïtienne (PNH), de la justice, de l’administration pénitentiaire et des institutions de l’état de droit.

« Il va probablement falloir tirer les leçons et les conséquences de ce qui est arrivé », a-t-il déclaré.

Soulignant que les manifestations violentes ont entrainés des pertes en vies humaines, et aussi des destructions matérielles, le chef de la Mission par Intérim a fait valoir que « dans l’ensemble la police a évité de tomber sur l’usage de la force excessive qui auraient résulté en des pertes humaines beaucoup plus grandes », tout en rappelant que ces violences ont été fermement condamnées le 12 juillet, par le Conseil de sécurité.

 

 

amadou Diallo

Tirer les dividendes des réformes

Le chef par intérim de l’ONU en Haïti a indiqué que le facteur déclenchant des événements a été l’alignement du prix des produits pétroliers avec le cours international du pétrole conséquence du programme important de réformes mené par les autorités.

Il souligne toutefois qu’en arrière-fond de ces manifestations, il y avait aussi un malaise social, concernant la dégradation du pouvoir d’achat des populations, et une saison agricole affectée par une arrivée tardive des pluies. 

 

Mamadou Diallo qui est également Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire de l’ONU et Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans le pays, s’est dit relativement confiant sur le rétablissement économique du pays et la possibilité à terme pour les populations de toucher les dividendes des réformes.

 

Notant le capital de confiance, de sympathie et de bonne volonté  dont jouissent le Président de la République et Haïti auprès des partenaires, il a estimé que « le pays est sur la bonne voie ».

 

Mamadou Diallo a rappelé le lancement il y a quelques mois de « La caravane du changement », un programme initié par le Président de la République, Jovenel Moïse, qui vise à satisfaire les besoins essentiels au niveau communautaire et ambitionne de ramener le développement au niveau des communautés territoriales et des collectivités locales.

Le programme est financé par les partenaires et soutenu par les Nations Unies à travers des projets relatifs à l’action sociale, l’éducation, la santé, l’eau potable, la vaccination, ainsi que la santé de la mère et de l’enfant. 

 

Bonnes relations avec les autorités haïtiennes

Le chef par intérim de la MINUJUSTH a noté avec satisfaction les bonnes relations qu’entretiennent les Nations Unies et le gouvernement haïtien.

« Nous avons des relations de confiance basées sur le triptyque que le Secrétaire général des Nations Unies a défini comme étant notre feuille de route en Haïti, à savoir, relations sur le respect mutuel, sur la confiance et sur le soutien aux priorités de développement et de sécurité d’Haïti », s’est-il félicité.

 

Pour Mamadou Diallo, la démission du chef du gouvernement haïtien s’est faite «dans le cadre des institutions haïtiennes avec une saisine du Parlement, des discussions et éventuellement, un départ du Premier Ministre ».

 

Il a indiqué que le Président a ouvert des consultations élargies avec l’ensemble de la classe politique et de la société civile pour désigner un premier ministre qui réponde aux besoins actuels et disposer d’un gouvernement, de large union, capable de soutenir la poursuite de l’agenda de réformes.

 

Vers une présence modifiée de l’ONU

Le Représentant spécial adjoint a, par ailleurs, estimé que La Mission des Nations Unies pour l’assistance à la justice en Haïti, créée par la résolution 2350 du Conseil de sécurité se voulait une sorte de vote de confiance à Haïti et aux progrès que le pays a fait dans le domaine de la stabilité politique et sécuritaire. Aussi, est-il normal que son mandat et ses effectifs soient réduits, par rapport à ceux de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) qui l’a précédée.

De même, Mamadou Diallo a rappelé que le mandat de la MINUJUSTH a été renouvelé le 10 avril dernier jusqu’au 15 octobre 2019. Ce pourrait être d’ailleurs, le dernier renouvellement d’un mandat de maintien de la paix des Nations Unies en Haïti, ce qui est « un message positif » et répond au souhait du gouvernement, a-t-il souligné.

« Je pense qu’il y a une convergence de vues entre le gouvernement haïtien et ses partenaires sur le fait que la situation politique et sécuritaire du pays ne nécessite plus le maintien d’une présence onusienne sous la forme d’une opération de maintien de la paix sous le chapitre VII ».

Pour Mamadou Diallo, il importe aussi de garder à l’esprit qu’il y a une famille de dix-neuf agences, fonds et programmes du système des Nations Unies en Haïti, des entités appelées à rester pour poursuivre le travail de développement et à œuvrer sous d’autres formes.

De leur côté les institutions financières internationales et partenaires se sont unanimement engagés à continuer à soutenir le gouvernement et le peuple haïtien en vue notamment de favoriser les programmes de filets sociaux au profit des plus vulnérables afin d’amoindrir l’impact des réformes.