Le chef de l’ONU nomme un groupe d’experts pour renforcer la coopération internationale sur le numérique

Un groupe d’experts de haut niveau chargé de mieux tirer profit des technologies numériques a été constitué à la demande du chef de l’ONU.

 

La constitution de ce groupe qui a également pour tâche de protéger contre les effets négatifs non désirés ou inattendus des technologies numériques, a été annoncée jeudi par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres.

« L’ampleur, la diffusion et la rapidité du changement rendues possibles par les technologies numériques sont sans précédent, mais les moyens et les niveaux actuels de coopération internationale ne sont pas à la hauteur du défi », a déclaré M. Guterres lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU.

« Les technologies numériques apportent une contribution significative à la réalisation des Objectifs de développement durable et elles passent à travers les frontières internationales », a souligné le Secrétaire général.

« Par conséquent, la coopération entre les secteurs et au-delà des frontières est essentielle pour réaliser le plein potentiel social et économique des technologies numériques, tout en atténuant les risques qu’elles présentent et en réduisant les conséquences imprévues ».

Pour M. Guterres, les Nations Unies constituent « une plate-forme unique de dialogue à l’ère numérique ». « Nous avons besoin que des chercheurs, des décideurs politiques, des technologues, des entrepreneurs, des acteurs de la société civile et des spécialistes des sciences sociales s’assoient autour de la table et partagent leur part de la solution », a-t-il dit.

Coprésidé par la philanthrope américaine, Melinda Gates, et le fondateur chinois d’Alibaba, Jack Ma, le Groupe de haut niveau sur la coopération numérique du Secrétaire général comptera 20 femmes et hommes du secteur des technologies numériques, de la politique, de la science et du monde universitaire.

« La technologie n’est ni bonne ni mauvaise. C’est juste un outil  un outil très puissant  et ce qui compte, c’est comment le monde l’utilise », a pour sa part déclaré Melinda Gates.

« Si tous les individus, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables, ont un accès égal au numérique, ils l’utiliseront pour améliorer leur vie et celle de leur famille et se faire entendre dans les conversations sur ce que l’avenir leur réserve. Permettre cette autonomisation à grande échelle est la raison d’être de ce groupe », a ajouté la philanthrope américaine.

Privilégier une approche collaborative et non concurrentielle sur les questions numériques

La création de ce groupe d’experts sur les questions numériques intervient après environ une année de consultations impliquant l’équipe du Secrétaire général de l’ONU, plus de 120 États membres, le secteur du numérique et la société civile.

Directeur exécutif du secrétariat de ce groupe de haut-niveau, l’ambassadeur Amandeep Gill (Inde), a déclaré que le chef de l’ONU voulait éviter l’approche « concurrentielle » des questions numériques qui impacte actuellement les discussions sur le commerce, les données et la sécurité.

« Cet esprit de concurrence pourrait affecter ce domaine et entraver le potentiel des technologies numériques de contribuer à la réalisation des objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 », a prévenu M. Gill.

A l’heure où les technologies numériques ont une influence croissante dans la vie quotidienne, des cyberattaques aux craintes de falsification des élections, l’ambassadeur Gill a souligné le besoin urgent d’aborder les effets potentiels, positifs et négatifs, sur les droits sociaux, économiques et humains.

« Il y a un sentiment que cela devrait être traité de toute urgence. Et ce ne sont pas seulement les États membres qui disent cela », a-t-il ajouté, affirmant que les dirigeants du secteur numérique lui ont dit « qu’il est temps que quelqu’un prenne cette initiative pour lancer une discussion politique mondiale sur le monde de plus en plus numérique dans lequel nous vivons ».

« Vous ne pouvez pas parler de ‘Web 3.0’ sans prendre en compte les blockchain ou sans parler d’intelligence artificielle », a-t-il dit. « Donc, nous espérons, à travers cette discussion sur ces différents domaines numériques, ces modèles économiques, les opportunités et les risques et les conséquences imprévues en termes de droits humains, en termes de vie privée, en termes de subversion de la démocratie, pouvoir être capables d’aboutir à des principes communs, de renforcer la coopération internationale ».

Conformément au mandat de neuf mois accordé au groupe, ses membres se réuniront deux fois; d’abord à New York en septembre lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, puis en Suisse en janvier prochain. Plusieurs consultations avec la société civile sont également prévues.

Selon l’ambassadeur Gill, le travail « approfondi et substantiel » que mènera le groupe doit aboutir à un rapport qui servira de « référence pour les futures discussions numériques ».