Enfants Roms : leur place est à l’école

Les enfants « roms » ont, comme tout enfant, le droit  voire l’obligation dans certains pays  d’aller à l’école. Pour autant, nombreux sont ceux qui arpentent les rues plutôt que les couloirs d’établissements scolaires. Alors à qui la faute ?

 

Les roms stigmatisés et rejetés

« Ils ne sont pas faits pour ça. Ils ne sont bons qu’à mendier ces gens-là, à chaparder »

 « Ils ne sont pas comme nous, ils ne veulent pas s’installer ni s’intégrer » entend-on parfois.  « Ils », ce sont les « Roms », ces hommes et ces femmes, que l’on peut parfois croiser parfois au carrefour de nos rues ou dans le métro  avec leurs enfants, en train de mendier ou de vendre du houx ou des jonquilles pour gagner quelques pièces  et tous ceux que l’on ne voit pas.

Cela fait 10 ans, 15, voire plus qu’ils sont là et autant d’années qu’ils peinent à s’intégrer, qu’ils vivent en marge de notre société, exclus et le plus souvent stigmatisés. Ce désamour n’est pas propre à la France ni aux français. Partout en Europe, les Roms souffrent des mêmes maux, et ce, depuis des décennies : stigmatisation, rejet, discrimination à l’emploi, sans logement, sans accès aux soins ou à l’éducation.

Un nom générique qui cache des réalités multiples

 

Lidia Gaudin, chef de projet

« Derrière le mot « Rom » », explique Lidia Gaudin, chef de projet Éducation et Insertion socio-professionnelle à Aide et Action,

 « Il y a en réalité un groupe hétérogène avec sa pluralité de cultures et de langues ». Ce terme « Rom » est un mot générique choisi par l’Union Européenne pour désigner une population descendant de migrants du Nord de l’Inde.

 

 

 Ils seraient aujourd’hui 10 à 12 millions en Europe, 350 000 en France d’après les estimations mais il y a peu de statistiques sur eux. « Parler des « roms » en général n’a donc pas beaucoup de sens.

C’est pourquoi nous privilégions à Aide et Action une approche par territoire pour mieux comprendre les besoins de ces personnes, qui sont très différents d’une ville à une autre » poursuit Lidia Gaudin, récemment partie en Roumanie pour une mission exploratoire dans la petite ville de Satu Mare, à quelques kilomètres de la frontière hongroise.

Des rencontres qui questionnent nos représentations

 

« Nous y avons rencontré 350 « roms ». Ils ne parlaient pas romani comme nous le pensions, mais hongrois » souligne Lidia Gaudin.  « Cela nous interroge sur les représentations que l’on a de ces populations, que l’on met toutes dans un même sac, et sur les moyens que l’on met en place pour les intégrer car comment vivre dans une société dont on ne connaît pas la langue ? »

 

Les « roms » rencontrés par les équipes d’Aide et Action vivent dans un quartier excentré de la ville.

La mairie leur a octroyé un terrain et du matériel de construction mais leurs conditions de vie restent extrêmement difficiles : ils vivent à 10, voire plus, dans de petites maisons de fortune, formant un bidonville en dur, sans trottoir, sans route, sans accès à l’eau courante ni aux sanitaires.

Ils n’ont pas d’emplois déclarés, pas d’aides sociales. « On les accuse souvent de ne pas vouloir s’intégrer. Et eux, de leur côté, réclament tout simplement des logements et du travail», poursuit Lidia. « Nous avons rencontré une jeune femme dans le bidonville.

Elle était si heureuse de nous montrer sa petite maison. Rien de bien grand, à peine 40 m2 pour une dizaine de personnes, mais elle en était fière et espérait bien pouvoir agrandir encore cette maison. »

Les Intouchables de l’Europe ?

Les « roms » de Satu Mare, méprisés par la population, sont stigmatisés. Ils survivent grâce à la mendicité ou à de petits jobs dans l’économie informelle.

Leurs enfants peuvent aller à l’école du village, oui, mais, pour aller à l’école, encore faut-il des livres, des cahiers, des vêtements propres… Et ce n’est pas toujours le cas, quant à la moindre averse, on patauge tout de suite dans la boue.

Il faut également de quoi payer un repas à midi. Et cela, les parents n’en ont pas forcément les moyens. Enfin, la plupart de ces enfants ne sont jamais allés à l’école, ils ne parlent pas le roumain et ne peuvent pas communiquer avec les enseignants, qui ont déjà à charge les autres enfants roumains. Leur niveau scolaire est donc des plus faibles et ils décrochent rapidement. Pourtant sans éducation, ils n’ont aucun avenir possible.

Pour les aider, il faut déconstruire les préjugés

Leur seul espoir aujourd’hui est une association roumaine du nom de Stea, qui tente depuis 2004 de leur apporter le soutien nécessaire tant en termes de démarches administratives, de soutien psychologique, de formation et d’aide à la recherche d’emplois.

« La directrice et les trois travailleuses sociales de l’association font un travail remarquable, jouant à la fois le rôle d’éducatrices, d’infirmières, d’assistantes sociales et de psychologues », explique Lidia Gaudin.

 

Et faciliter l’accès au logement

Dans le centre d’accueil créé par l’association, les enfants peuvent jouer, faire des activités extra-scolaires, prendre des douches, manger aussi tout simplement. « Ils sont très vivants, très débrouillards, porteurs de tellement d’énergies et d’espoir.

Ils ont envie de découvrir le monde alors que celui-ci leur est aujourd’hui fermé », ajoute Lidia Gaudin. « Sans un réel changement de la part des pouvoirs publics, sans une volonté de déconstruire les préjugés  et cela est également valable pour la France , ces populations ne pourront jamais s’intégrer.

C’est la condition sine qua non aujourd’hui. Au-delà de cela, il reste le problème du logement. Ces populations veulent construire, s’installer, mais sans logement durable, ils sont pris dans le cercle vicieux des squats et des campements évacués et reconstruits quelques mètres plus loin.

Les États ne sont pas en mesure de fournir ces logements, alors à la place ils proposent des nuits dans des centres ou dans des hôtels non adaptés. On colle des rustines au lieu de trouver des solutions pérennes et cela rend leur intégration quasiment impossible.»