En Afrique subsaharienne, les consommations alimentaires sont en profonde mutation

Une vaste étude sur la consommation des ménages d’Afrique tord le cou à quelques idées reçues. D’une ampleur inédite, ces travaux montrent les modifications, ces dernières décennies, des systèmes alimentaires.

 

L’agriculture locale est en train de conquérir son économie intérieure avec un marché dominant dans les approvisionnements des urbains comme des ruraux. L’alimentation s’est diversifiée et les problèmes d’apport énergétique sont bien moins prégnants qu’auparavant.

Nicolas Bricas

« Cette analyse nous donne à voir pour la première fois une image de la consommation des familles d’Afrique de l’Ouest, du Cameroun et du Tchad  », commente Nicolas Bricas, socio-économiste au Cirad et coordinateur, avec Claude Tchamda de l’Observatoire économique et statistique d‘Afrique subsaharienne (Afristat), de l’étude intitulée : 

 

L’Afrique à la conquête de son marché alimentaire intérieur. Elle a été menée avec la collaboration des instituts nationaux de statistique de neuf pays, avec le soutien de l’AFD, de la Banque africaine de développement et de la Commission européenne.

 

L’autoproduction recule en zone rurale

Les systèmes alimentaires en Afrique subsaharienne se sont modifiés ces dernières décennies, certainement plus rapidement que les représentations de nombre d’observateurs… L’ensemble des résultats esquisse des schémas de consommation qui vont parfois à l’encontre de plusieurs idées reçues :

Les produits achetés sont devenus dominants dans la consommation, y compris dans les campagnes. Même si l’autoproduction subsiste de façon significative, les problématiques de sécurité alimentaire des urbains et des ruraux tendent à se rapprocher.

Un  moteur du développement agricole

Le marché intérieur surpasse largement celui destiné à l’exportation. Ce marché composé en majorité de produits locaux et régionaux est devenu un véritable moteur du développement agricole. Cette réalité nuance la vision d‘une Afrique dépendante de l’extérieur pour se nourrir.

Les villes sont très dépendantes des importations de blé et de riz, mais les céréales représentent moins du tiers de la consommation des ménages urbains. La question alimentaire ne peut plus se limiter à ces denrées de base même si, du point de vue nutritionnel, ils fournissent la majorité de l’apport calorique.

Les racines, tubercules et plantains, les légumineuses, les produits animaux, les huiles, les condiments, les fruits et les légumes jouent désormais un rôle stratégique tant des points de vue nutritionnel, économique que culturel.

L’analyse de l’origine de la nourriture consommée révèle un secteur agroalimentaire local en plein développement, dominé par l’artisanat et les PME. Peu reconnu par les pouvoirs publics, ce secteur est un important pourvoyeur d’emplois, tant en milieu rural que dans les villes.