Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis promet d’indemniser toutes les familles touchées

C’est sa première interview : le patron de Lactalis se défend ce matin dans les pages du « Journal du Dimanche ». Emmanuel Besnier dirige le géant laitier touché par un scandale sanitaire. Il promet d’indemniser « toutes les familles qui ont subi un préjudice » à cause de la présence de salmonelle dans des produits du groupe.

 

La prise de parole du très discret Emmanuel Besnier est aussi une riposte au gouvernement.

Le seul fait qu’Emmanuel Besnier s’exprime en dit long  sur la gravité de l’affaire. Voilà 17 ans qu’il dirige le numéro un mondial des produits laitiers, 17 ans qu’il n’a jamais donné la moindre interview, jamais de commentaires, jamais d’images, pas même une photo de lui sur les documents officiels de Lactalis.

Sauf qu’aujourd’hui, l’affaire du lait contaminé fragilise le groupe, pas seulement en France, mais aussi au niveau mondial. Emmanuel Besnier le révèle dans le JDD : ce sont 83 pays à travers le monde qui sont aujourd’hui concernés pour avoir commercialisé du lait potentiellement dangereux pour les bébés.

Au total, ce sont 12 millions de boîtes qui vont devoir être retirées de la vente sur tous les continents.

Alors Emmanuel Besnier fait passer ce message dans les colonnes du JDD. Non, ce n’est pas le gouvernement qui lui a demandé de retirer du commerce tous les produits issus de son usine de Mayenne.

C’est lui-même qui l’a proposé au ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Sous-entendu : le patron de Lactalis n’a pas attendu les pouvoirs publics pour gérer cette crise, le groupe n’a pas « failli ».

Emmanuel Besnier prend ce matin l’engagement d’indemniser toutes les victimes. Mais il n’avance aucun montant. Quelle que soit la facture, cette communication de crise en témoigne : Lactalis n’entend pas renoncer au lait infantile, un marché hautement rentable qui lui assure plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires par an.

REACTIONS

L’interview de ce dimanche est une façon de riposter au gouvernement qui a multiplié les attaques contre Lactalis ces derniers jours. Le ministre de l’Agriculture a par exemple accusé l’entreprise d’avoir commis une « faute ».

Le gouvernement a aussi cherché à couvrir ses arrières. Car l’opposition a commencé à pointer du doigt la responsabilité de l’Etat. Les Républicains (LR) et La France insoumise (LFI) réclament une enquête parlementaire quand d’autres s’interrogent sur le retard à l’allumage du gouvernement. L’ex-socialiste Benoît Hamon est allé plus loin en évoquant un possible « scandale d’Etat ».

 

Il a fallu en effet attendre un mois après le début de l’affaire pour qu’un ministre s’exprime sur le sujet. Le gouvernement a tout fait cette semaine pour éviter qu’une polémique politique ne s’ajoute à la crise sanitaire.