Hongrie : Des réfugiés trouvent leur voie auprès des personnes âgées

Rita pousse le fauteuil roulant d’un vieil homme dans le couloir jusqu’à sa chambre. Radwa met la table pour le déjeuner. Ces réfugiées, qui suivent une formation pour s’occuper des personnes âgées dans une maison de retraite hongroise, s’avèrent un atout pour une société qui a des antécédents mitigés en matière d’accueil des demandeurs d’asile.

« C’est difficile de vieillir », explique Rita Joy Osazee, 32 ans, de l’État d’Edo au Nigéria. « Je ressens en moi un profond désir de prendre soin des personnes âgées. Je ne sais pas pourquoi, je les aime beaucoup. »

« J’aime ce travail », indique Radwa Al Nazer, 29 ans, originaire de Damas en Syrie. « Ça demande beaucoup de patience et de gentillesse, mais parfois j’ai envie de pleurer quand je vois un patient heureux grâce à mon travail auprès de lui. » 

Rita et Radwa suivent une formation à la maison de retraite Albert Schweitzer à Budapest. Ces cours sont organisés par MigHelp, une ONG qui a pour but d’aider les réfugiés et les migrants à trouver un emploi en les aidant à acquérir des compétences.

L’ONG MigHelp a été cofondée par James Peter, un ancien réfugié africain, qui avait été choqué par la violence qu’il voyait parfois dans l’ancien centre d’accueil de Bicske, aujourd’hui fermé.

« Des musulmans et des chrétiens en venaient aux mains », déclare James. « J’ai compris que ce n’était pas vraiment à cause de la religion mais plutôt de l’ennui. »

 

Des réfugiés travaillent en tant qu’aides-soignants auprès des personnes âgées en Hongrie

Rita et Radwa suivent une formation à la maison de retraite Albert Schweitzer à Budapest. 

James a commencé à récupérer du vieux matériel informatique et à organiser des cours d’informatique. Aujourd’hui, MigHelp donne également des cours de langue, de conduite automobile, de soins aux personnes âgées et de garde d’enfants pour augmenter les chances des réfugiés de trouver un emploi.

La formation pour le travail auprès des personnes âgées comprend 60 heures de cours magistraux ainsi que de la pratique. Radwa compte déjà 40 heures de formation et elle a fait personnellement connaissance avec de nombreuses personnes âgées hongroises.

« Permettez-moi de vous présenter Ilona », annonce Radwa, en accompagnant Ilona Karpati, 93 ans. Ilona, qui porte une robe rose, parle un excellent anglais. « J’ai vécu 46 ans au Canada, près de Niagara Falls », dit-elle. « Le Canada me manque, mais je suis rentrée parce que mon coeur est en Hongrie. »

Ilona est heureuse d’être prise en charge par des réfugiés et de pouvoir parler anglais avec eux.

« Ils sont très gentils, adorables; ils sourient », dit-elle.

En prenant soin des autres, les réfugiés commencent à oublier les traumatismes qui les ont contraints à fuir leur foyer.

Radwa et sa famille ont quitté la Syrie à cause de la guerre, mais ils ne sont pas venus en Europe durant l’afflux de réfugiés en 2015. Ils ont choisi de s’installer en Hongrie il y a quatre ans car le père de Radwa, Anas Al Nazer, avait étudié la médecine ici à l’époque communiste et il parlait hongrois.

Radwa, qui a étudié la psychologie à l’Université de Damas, a enseigné l’arabe et elle est désormais artiste en Hongrie. Mariée, elle attend un bébé.

« Quand ils prennent leur repas que vous leur donnez, cela signifie qu’ils vous acceptent. »

Rita est arrivée en Hongrie avec d’autres réfugiés en 2015. Aujourd’hui, elle travaille dans un restaurant mais elle espère faire carrière dans le domaine des soins aux personnes âgées.

« C’est satisfaisant de travailler auprès des personnes âgées », explique-t-elle. « Je prépare les petits déjeuners, je les nourris. S’ils ne parlent pas l’anglais, nous utilisons le langage avec les mains. Quand ils prennent le repas que vous leur donnez, cela signifie qu’ils vous acceptent. »

D’autres femmes africaines qui ont terminé leur formation à la maison de retraite sont sur place pour donner des conseils à Rita et Radwa. Issues de cultures où les personnes âgées sont presque toujours prises en charge par leurs familles, elles expriment leur surprise devant l’approche européenne des soins aux personnes âgées.

« Travailler ici peut être très émouvant », indique Mercy Asizu, 30 ans, originaire d’Ouganda. « Parfois, des personnes âgées pleurent. »

Tamas Szebenyovszky, un soignant qui travaille dans cette maison de retraite depuis trois ans, se félicite la contribution des réfugiés mais il dit que s’ils espèrent faire carrière à plein temps dans la profession, la communication sera cruciale. « Mon meilleur conseil, c’est qu’ils suivent des cours de hongrois », dit-il. 

A part la barrière de la langue, Gezane Fekete semble satisfaite des soins qu’elle reçoit des réfugiés. Cette veuve et arrière-grand-mère de 97 ans est presque aveugle et son ouïe est faible. Elle ne peut plus descendre à la salle de réunion mais elle écoute les cultes de l’Eglise réformée sur une petite radio dans sa chambre.

« Je ne me plains pas des réfugiées », dit-elle. « Elles ont un emploi du temps très chargé et s’occupent très bien de nous. L’une d’elle m’a aidée dans les toilettes. Elle l’a bien fait, gentiment et avec le sourire. Je ne peux en dire que du bien. »