Nucléaire : « la décision de Nicolas Hulot est une bonne nouvelle pour le climat »

Pour Valérie Faudon, déléguée générale de la SFEN  le report à après 2025 de l’objectif de baisse à 50% du nucléaire est une bonne nouvelle pour la transition énergétique. Interview.

Comment analysez-vous l’annonce de Nicolas Hulot du report après 2025 du passage de 75 % à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité ?

Cette annonce est d’abord et avant tout une très bonne nouvelle pour le climat car cela permet de préserver une énergie qui n’émet pas de CO2 : le nucléaire. L’énergie nucléaire permet d’ailleurs à la FRANCE d’être le pays le moins émetteur des grandes puissances industrielles du G7.

 

Valérie Faudon

Ensuite, cela permet d’établir une hiérarchie entre les objectifs de la loi sur la transition écologique, qui pour certains étaient contradictoires, en plaçant la réduction des émissions de gaz à effet de serre comme l’objectif prioritaire pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

 

C’est d’autant plus une bonne nouvelle que cette annonce intervient pendant le Sommet climatique, la COP23. Ce que nous pouvons lire entre les lignes, c’est que le nucléaire, en tant que technologie bas carbone, est indispensable pour la transition écologique.

En quoi le maintien de l’énergie nucléaire est-il compatible avec les objectifs de la COP23 ?

Il n’est même pas compatible, il est imbriqué, il est indispensable ! De nombreux rapports ont été publiés ces dernières semaines pour prévenir que nous étions loin de parvenir à contenir nos émissions en-deçà des 2°C, celui fixé par l’Accord de Paris.

La situation semble de plus en plus alarmiste pour de nombreux pays, particulièrement ceux du Sud et les pays insulaires comme les îles Fidji.

« La planète brûle », dans cette situation, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de nous priver de l’une des seules énergies bas carbone qu’est le nucléaire.

Par ailleurs, si l’atome ne représente que 11 % de la production d’électricité dans le monde, il représente aujourd’hui près d’un tiers de la production bas carbone de la planète.

Un contributeur indispensable qui a déjà permis d’économiser plus de deux ans d’émissions de CO2. L’atome est au même titre que l’hydraulique, l’éolien et le solaire, une partie de la solution.

 

Si nous poussons votre raisonnement jusqu’au bout, faudrait-il construire selon vous de nouvelles centrales pour lutter contre le changement climatique ?

A l’évidence oui. En France, nous devons à moyen termes étudier le renouvellement partiel et progressif du parc nucléaire. Par ailleurs, pour permettre à l’Union européenne de remplacer ces centrales fossiles, charbon et gaz, le nucléaire aussi est appelé à jouer un rôle.

Encore aujourd’hui, de nombreux Etats, l’Allemagne ou encore la Pologne, produise une grande partie de leur électricité par le charbon. En effet, l’énergie nucléaire fonctionne 24h/24 et ne pollue pas l’air, c’est donc le moyen de substitution des énergies fossiles le plus respectueux de l’environnement.

 

 

Enfin, si nous souhaitons respecter nos objectifs climatiques, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’il faudra doubler la capacité nucléaire dans le monde et ainsi construire plus de 500 GW, tout en développement massivement les renouvelables et l’efficacité énergétique.

Les besoins en énergie seront très importants en Asie, particulièrement en Inde et en Chine. Cette croissance devra s’accompagner d’une énergie propre, plutôt que par le charbon.

La sécurisation de l’approvisionnement en électricité n’a-t-elle pas également joué un rôle dans le report annoncé par le ministre ?

L’énergie nucléaire est le pilier de l’indépendance énergétique de la France. Le nucléaire français est même devenu indispensable pour la stabilité énergétique en Europe, où les renouvelables se sont fortement développés.

Le nucléaire est également un facteur d’attractivité et de dynamisme économique. Aujourd’hui, le nucléaire existant permet de produire l’électricité la plus compétitive par rapport à toutes les autres formes d’énergie.

Cela permet aux ménages français d’avoir une facture d’électricité 80 % moins chère que celle des allemands. Et pour les industriels français, qui bénéficient d’une électricité 25% moins chère que la moyenne européenne, c’est un vrai facteur de compétitivité par rapport à d’autres pays où l’électricité est plus onéreuse.

source lemondedelenergie