Exploitation et abus sexuels : « pas ici, pas maintenant, plus jamais » – Jane Holl Lute

 A la veille d’une réunion de haut-niveau sur la prévention de l’exploitation et des abus sexuels, la Coordinatrice spéciale sur l’amélioration de la réponse des Nations Unies sur cette question, Jane Holl Lute, a expliqué à ONU Info combien il est important de mobiliser la communauté internationale pour combattre ce fléau.

 

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, présidera cette réunion lundi au siège de l’ONU avec pour objectif de « créer une dynamique de changement » dans le combat contre l’exploitation et les abus sexuels.

« Avant même qu’il ne soit élu, le Secrétaire général a souligné l’importance de traiter cette question de l’exploitation et des abus sexuels avec détermination : à la fois en matière de prévention lorsqu’ils apparaissent au sein de l’Organisation et partout où cela se produit et dans une réponse rapide et efficace lorsque des allégations surviennent », a expliqué Jane Holl Lute dans un entretien accordé à ONU Info.

 

M. Guterres

 

Dès son entrée en fonction, M. Guterres a mis en place un groupe de travail spécial chargé d’examiner en profondeur le problème de l’exploitation et des abus sexuels et de faire des recommandations concrètes. Dans un premier rapport présenté aux Etats membres en mars 2017, le chef de l’ONU a souligné quatre priorités : mettre les victimes et leurs besoins au cœur des efforts, mettre un terme à l’impunité, recourir à l’expertise extérieure et de la société civile et accroître la communication et la transparence.

Engager davantage les Etats membres

Lors de la réunion de lundi, M. Guterres présentera le Cercle de dirigeants qui se sont engagés à prévenir et réprimer l’exploitation et les atteintes sexuelles dans les opérations de l’ONU.

 

Mme Lute

« Nous avons déjà reçu l’engagement de plus d’une (vingtaine) de dirigeants au Cercle », a indiqué Mme Lute. « Le Secrétaire général attend de ces dirigeants un engagement politique au plus haut niveau, d’être solidaires sur cette question, et d’entreprendre des activités à la fois aux niveaux national et international, de s’exprimer sur ce problème et de soutenir les efforts de l’ONU pour éradiquer ce fléau ».

 

 

Pour Mme Lute, il est important de rappeler que l’exploitation et les abus sexuels ne concernent pas uniquement les opérations de maintien de la paix ou le personnel militaire ou en uniforme.

« C’est un fléau qui existe partout dans notre système, que ce soit dans les opérations humanitaires ou des opérations de développement, dans de nouvelles missions ou dans des opérations de longue date », a-t-elle souligné.

« Avec cette initiative, le Secrétaire général demande aux dirigeants politiques de s’associer personnellement à (la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels) et d’apporter le poids politique de leurs mandats pour sa réussite », a-t-elle ajouté.

Lundi, le Secrétaire général présentera également les contrats de mission signés entre l’ONU et les Etats membres qui soutiennent les opérations de maintien de la paix.

Ces contrats soulignent l’engagement conjoint et la responsabilité mutuelle pour lutter contre l’exploitation et les abus sexuels. M. Guterres fera aussi le point sur la situation du Fonds pour les victimes de l’exploitation et des abus sexuels et appellera à de nouvelles contributions.

Sur le plan opérationnel, Mme Lute a indiqué que l’ONU travaille de plus en plus en collaboration avec les États membres.

 

« Nous aimerions bien sûr des enquêtes conjointes, de sorte que les victimes ne subissent pas plusieurs entretiens », a-t-elle dit.

 

Les Etats membres seront également financièrement sollicités par le bureau de la Coordinatrice spéciale.

« Nous comptons sur les contributions des États membres pour que notre bureau fonctionne », a-t-elle prévenu. Une manière pour la haute-responsable onusienne de rappeler que la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels a un coût financier et est l’affaire de tous.

Mettre les droits et la dignité des victimes au cœur des efforts

La réunion de lundi sera également l’occasion pour M. Guterres de présenter la nouvelle Défenseure des droits des victimes, Jane Connors, qu’il a nommée fin août.

 

Jane Connors

« (Le poste de) défenseur des droits des victimes n’a jamais existé auparavant », a rappelé Mme Lute, soulignant que l’ONU dispose d’une longue expérience en matière de fourniture d’assistance aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels.

 

 

« Il s’agit aussi de faire en sorte de mettre leurs droits et leur dignité au centre de nos efforts », a-t-elle ajouté, précisant que sur le terrain quatre missions onusiennes ont déjà nommé des défenseurs des droits pour travailler avec le personnel d’assistance aux victimes et pour s’assurer que ces dernières ont accès aux processus judiciaires et administratifs, qu’elles disposent d’informations et que leurs droits sont préservés et protégés.

Société civile : « nous voulons entendre leurs idées »

Mme Lute s’est félicité de la participation de la société civile à la réunion de haut-niveau.

La Coordinatrice spéciale a précisé que la réunion ‘politique’ de lundi sera immédiatement suivie de consultations avec la société civile sur la marche à suivre.

 

« Nous voulons entendre leurs idées, nous voulons comprendre leur opinion sur les meilleures pratiques, nous aimerions connaitre leur point de vue, que doit faire l’ONU de manière visible et de façon tangible, afin qu’à leurs yeux, nous nous améliorons et que sont-ils prêts à faire pour nous aider à obtenir un meilleur résultat face à ce problème », a-t-elle dit.

 

Même si elle semble lente, Mme Lute espère que la sensibilisation du public et de tous les acteurs sur cette question est en train de changer.

« La grande majorité des victimes sont des femmes. Mais nous avons besoin que les hommes s’expriment aussi. Il faut que tout le monde s’exprime et dise ‘ Pas ici, pas maintenant, plus jamais’ ».