Les sargasses et la santé : mais qu’en est-il ?

Dans cette période où les sargasses sont de retour, il est important de savoir, lorsque nous marchons le long des plages et si les effluves de ces plantes se sont  véhiculées par le vent, y a-t- il un véritable risque pour notre santé, si oui lequel ?

Ces derniers jours de grandes quantités de sargasses ont, une nouvelle fois, envahi les côtes de la Guadeloupe et aussi d’autres îles avoisinantes. On pensait en être débarrassé, mais malheureusement ce n’est pas le cas, les déplacements des algues au fil des courants reprennent de plus belle.

Une expédition est partie de Guyane pour retracer le parcours des sargasses et localiser exactement l’origine, à bord de l’Antea, le navire océanographique de l’IRD. Cette opération menée par Thierry Thibaut, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste des algues brunes, vise à comprendre l’origine des ces sargasses qui empoissonnent régulièrement la vie des habitants de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane. Mais revenons à la santé !

 

 

 
Quelles sont les interactions entre les algues et l’organisme ?

Les algues pourrissent et libèrent de l’hydrogène sulfuré. Non seulement ces gaz sentent particulièrement mauvais, mais en plus ils sont dangereux pour les populations qui vivent à proximité.

L’hydrogène sulfuré peut causer un certain nombre de troubles respiratoires mais aussi des vertiges, et des pertes de connaissance dans les cas les plus graves, en cas d’exposition prolongée. Aujourd’hui, des mesures ont été effectuées pour évaluer les risques encourus par la population exposée.

 

 

L’hydrogène sulfuré (H2S) est un gaz incolore, composant naturel du pétrole, à odeur caractéristique d’œufs pourris. Il se dégage des matières organiques en décomposition ou lors de l’utilisation du souffre et des sulfures dans l’industrie chimique. Étant plus lourd que l’air, il s’accumule dans les parties basses non ventilées.

L’hydrogène sulfuré est un gaz toxique qui pénètre par les voies respiratoires. 
Compte tenu de son caractère insidieux, l’exposition à ce gaz revêt souvent un caractère accidentel qui peut être fatal.

 

  • Des intoxications aiguës (exposition de courte durée) : troubles respiratoires, irritations oculaires, conjonctivites, vertiges, céphalées, œdème aigu du poumon, pertes de connaissance (« plomb des vidangeurs »)
  • Des intoxications chroniques (exposition prolongée) : bronchites irritatives, irritations cutanées
  • Des perte de connaissance à partir de 500 ppm
  • Une possibilité d’accident mortel très rapide en cas de fortes inhalations (> 1000 ppm)
  • Il est donc fortement conseillé de ne pas rester longtemps à proximité des sargasses en putréfaction, même si on peut supporter l’odeur et continuer sa promenade au bord des plages, surtout avec des enfants.

 

 

Au cours de leurs investigations, les auteurs du rapport ont relevé (dans de rares cas, faut-il le préciser) des concentrations d’hydrogène sulfuré de l’ordre de 1 000 ppmv (parties par million en volume). A ce niveau, « l’intoxication se traduit par une atteinte du système nerveux central avec perte de connaissance (« coup de plomb ») et des symptômes de détresse respiratoire et d’apnée », souligne l’INERIS dans un autre rapport publié en 2000. La mort survient alors « en 5 à 10 minutes par arrêt cardiaque ».

 

 

Ce n’est pas tout.

« Si l’exposition n’est pas instantanément fatale (s’il y a par exemple réanimation pendant la phase d’apnée), la mise en place d’un œdème pulmonaire retardé est fréquemment observée. Une amnésie rétrograde avec diminution des facultés intellectuelles est également possible ».

L’Anses a été saisie en 2015 pour la réalisation d’une expertise relative aux émanations issues d’algues sargasses en décomposition. En mars 2016, l’Agence recommandait de mettre en œuvre des mesures pour protéger le public et les travailleurs chargés du ramassage, du transport et du traitement des algues sargasses, des expositions au ssulfure d’hydrogène (H2S) produit lors de leur décomposition.

La mise à jour de cette expertise, complétée par une actualisation du profil toxicologique du H2S et une synthèse relative à l’écologie, l’échouage, la chimie et la dégradation des algues sargasses, amène l’Agence à recommander, en complément, de mettre en place dès à présent des mesures pour prévenir le risque d’exposition à des métaux lourds contenus dans les algues, notamment l’arsenic  et le cadmium, qui peuvent présenter un risque pour la santé humaine et l’environnement.

 

Les recommandations de l’agence

Il faut limiter l’exposition du public, notamment en ramassant régulièrement les algues échouées sur le littoral, en balisant les chantiers de ramassage et en informant la population des risques sanitaires liés à l’exposition au H2S

l’Agence recommande de proscrire l’utilisation éventuelle de ces algues pour l’alimentation humaine ou animale.

En attendant, le Ministère de l’Ecologie rappelle quelques mesures de bon sens, à savoir « ne pas se promener sur d’importants amas d’algues qui sentent l’œuf pourri. » A partir du moment où vous sentez une odeur désagréable à proximité des sargasses, c’est que déjà le sulfure d’hydrogène a pénétré votre organisme.

Tout comme les brumes de sables qui sévissent sous nos latitudes, ( voir l’article http://mediapress24.fr/index.php/2017/05/22/guadeloupe-alerte-rouge-les-brumes-de-sable-un-nouveau-danger/    ) les sargasses ne sont pas inoffensives.

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