Affamés et désespérés, des milliers de Somaliens rejoignent l’Ethiopie à pied

21 avril 2017

 

Menacés par les militants d’Al Shabab et l’aggravation de la sécheresse, des milliers de Somaliens quittent leur pays pour chercher refuge en Ethiopie voisine.

DOLLO ADO, Éthiopie – Aïcha Yussuf Abdi, 40 ans, et ses sept jeunes enfants, affamés et épuisés, sont enfin arrivés en Éthiopie après une épopée désespérée de trois jours depuis la frontière somalienne.

« Nous avons marché et dormi sur la route », explique-t-elle, ses paupières battant nerveusement alors qu’elle se souvient du voyage. « J’ai dû laisser mon mari et mes parents en Somalie afin que mes enfants puissent survivre. »

Aïcha compte parmi quelque 4300 réfugiés somaliens ayant fui la violence d’Al Shabab et l’aggravation de la sécheresse pour rejoindre l’Éthiopie cette année. Ces personnes au visage émacié du fait du manque de nourriture sont en nombre croissant.

« Nous avons marché et dormi sur la route. »

« Ces personnes arrivent affamées. Un nombre important d’enfants et de mères souffrent de malnutrition », a déclaré Sandra Harlass, employée du HCR en Ethiopie en charge de la santé.

Au centre de réception de Dollo Ado, les réfugiés sont enregistrés et passent un examen médical. Près des trois quarts des enfants de moins de cinq ans souffrent de la malnutrition. « C’est une situation très fragile qui nécessite une attention urgente pour sauver des vies », explique Sandra Harlass.

Déjà en proie à l’instabilité et à la recrudescence de la violence, la Somalie connaît sa pire sécheresse depuis sept ans, ce qui fait fuir des milliers de Somaliens au-delà de la frontière. La grande majorité d’entre eux proviennent des régions de Bay, Gedo et Middle Juba, où la plupart des familles élèvent du bétail ou sont agriculteurs.

Plus de 1,4 million de Somaliens vivent en exil, beaucoup depuis des décennies

« Nous avions une ferme, nous possédions des vaches et nous avions de la nourriture chaque jour à notre table. Mais on pouvait sentir l’arrivée de la sécheresse », explique Aïcha. La famille essaya en vain de garder sa ferme. Elle a alors su qu’il était temps de partir. « Toutes nos vaches, toutes, sont mortes sous nos yeux. Nous avons faim et nous cherchons de la nourriture », ajoute-t-elle.

Le sentiment de faim et de désespoir est commun chez les nouveaux arrivants. Père de huit enfants,  Ali Saïd, 31 ans, et sa famille ont fui à cause de la sécheresse et de l’insécurité continue. « La sécheresse est très mauvaise, et certaines zones sont inaccessibles », explique Ali en calmant doucement un de ses fils.

Ses terrains se sont asséchés et ses animaux sont morts en quelques semaines. « Même dans ces conditions, vous ne pouvez pas obtenir d’aide car Al Shabab est là », indique-t-il.

Tandis que certains fuient, la plupart des Somaliens cherchent de l’aide à l’intérieur du pays. Au cours des quatre derniers mois, quelque 256 700 Somaliens sont devenus des déplacés internes en raison de la sécheresse. Le HCR et d’autres partenaires humanitaires s’efforcent d’éviter une détérioration de la situation vers la famine dévastatrice de 2011, au cours de laquelle 250 000 Somaliens sont morts et des centaines de milliers d’autres ont traversé les frontières.

  • Aïcha Yussuf Abdi, 40 ans, et ses sept jeunes enfants ont fui la sécheresse en Somalie.
    Aïcha Yussuf Abdi, 40 ans, et ses sept jeunes enfants ont fui la sécheresse en Somalie.  © HCR / Diana Diaz

La Somalie est la quatrième plus importante crise de réfugiés au monde. Plus de 1,4 million de Somaliens vivent en exil, dont beaucoup d’entre eux depuis des décennies. La majorité est accueillie par des pays de la région. L’Ethiopie accueille à elle seule plus de 245 000 réfugiés somaliens. Avec l’émergence d’une nouvelle crise potentiellement en Somalie, les dirigeants régionaux appellent la communauté internationale à une aide plus globale pour les réfugiés somaliens.

« La communauté internationale doit adopter une nouvelle façon de réagir à ces crises, en répondant d’abord aux besoins urgents tout en investissant dans le développement d’opportunités pour les réfugiés de retrouver l’autonomie et en contribuant positivement au développement de la population d’accueil », explique Surrya Riaz, employée du HCR en charge de la protection à Melkadida.

Le 25 mars, les États membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) rencontrent la communauté internationale et d’autres parties prenantes pour un sommet à Nairobi, au Kenya. L’objectif est de conduire une approche régionale globale pour faciliter des solutions durables aux réfugiés somaliens et renforcer l’environnement de protection dans les pays d’accueil.

De plus, le Sommet de l’IGAD a pour objectif d’apporter une réponse efficace à la sécheresse actuelle affectant environ 1,1 million de personnes déplacées internes en Somalie et plus d’un million de réfugiés dans la région.

Avec la sécheresse sévissant actuellement dans la région Somali au sud de l’Ethiopie, qui accueille aujourd’hui plus de 245 000 réfugiés somaliens, des fonds urgents sont nécessaires pour leur apporter une aide immédiate, sauver des vies humaines et stimuler le développement. « La situation en Somalie n’est pas bonne », déclare Aïcha, qui espère la paix pour pouvoir rentrer chez elle. « Tout ce que je veux, c’est une vie meilleure pour mes enfants afin qu’ils aillent à l’école. Mais notre vie est là-bas. Si Dieu le veut, nous pourrons un jour retourner à la maison. »